Activisme, Réseaux Sociaux

Le rôle des réseaux sociaux dans la Révolution Arabe

10 mars 2012
Le rôle des réseaux sociaux dans la révolution arabe

Inaugurée en Tunisie le 17 décembre 2010, la révolution arabe touche l’Egypte un mois plus tard, avant de s’étendre peu à peu à l’ensemble du Maghreb et du Proche-Orient. Beaucoup considèrent que la révolution arabe est aussi celle des nouvelles technologies qui ont joué un rôle primordial dans la contestation. Les réseaux médias sont-ils les vecteurs du virus de la contestation que l’on décrit ?

1. LA CYBER-CONTESTATION S’ORGANISE

Dans les pays arabes, les médias traditionnels (presse écrite et chaînes de télévision) étaient aux ordres des gouvernements. Internet ressemblait à un nouvel eldorado où la liberté d’expression n’était pas bafouée. Les nouvelles technologies ont permis à la masse populaire de protester, de s’organiser, d’informer et de se conforter dans l’action.

FACEBOOK & TWITTER : LES FERS DE LANCE DU MOUVEMENT EN TUNISIE

Selon Fabrice Ebelpoin, éditeur de ReadWriteWeb, Facebook a été «l’outil de support opérationnel à la révolution Tunisienne».

De nombreux groupes ont été crées afin d’informer sur l’avancement de la révolution, ils permettaient également aux internautes de se soutenir pour poursuivre la contestation face à des autorités de plus en plus dépassées. La mobilisation difficile à organiser dans ces pays policiers a largement été facilitée par Facebook.

Les vidéos des manifestations enregistrées sur les téléphones portables sont relayées sur Facebook et font le tour du monde en quelques heures. La réalité et la violence des affrontements ne sont plus censurées. Le monde découvre les massacres orchestrés à Kasserine, la ville martyre de l’ouest tunisien.

Selon RFI.fr et Reporters sans Frontières, la Tunisie compterait deux millions de comptes Facebook et 3,6 millions d’internautes pour onze millions d’habitants. Internet est rapidement devenu pour des millions de Tunisiens un espace de liberté.

Dans l’organisation de cette cyber-contestation et la transmission des informations, Twitter qui n’était que partiellement censuré en Tunisie a joué un grand rôle. Chaque jour, des comptes Twitter comme @nawaat relayaient l’actualité des manifestations en vidéos. De même, le hashtag #SidiBouzid – du nom de la ville où les premiers mouvements de protestation ont éclaté – permettait aux internautes de suivre en direct l’actualité de la situation en Tunisie. En outre, le puissant effet viral de Twitter grâce au système de Retweet assure une diffusion rapide et massive de l’information.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle inédit en donnant à la parole du peuple une visibilité nouvelle : la réalité des confrontations n’était plus censurée par la bienséance journalistique d’un Occident diplomatique.

Révolution Arable : Opération Tunisia des Anonymous

En représailles contre le blocage du site Wikileaks et la politique répressive menée sur Internet par le gouvernement tunisien, le collectif Anonymous a hacké certains sites officiels – le site du président Ben Ali et ceux des ministères – et a bloqué leur accès pendant plusieurs jours. Il s’agissait de l’opération Tunisia. Le célèbre groupe de hackers a également mis en place des sites, un compte Twitter et des sujets sur des forums de discussion afin d’informer les Tunisiens sur les méthodes pour contourner la censure.

«Vous avez unilatéralement déclaré la guerre à la liberté d’expression, à la démocratie et à votre propre peuple. Anonymous a entendu le cri de liberté du peuple tunisien. Anonymous est disposé à aider le peuple tunisien dans cette lutte contre l’oppression». Extrait de la lettre des Anonymous au gouvernement tunisien.

LA REVOLUTION TUNISIENNE DEVIENT UN MODELE A SUIVRE

Sur le modèle tunisien, l’Egypte a utilisé les réseaux sociaux comme vecteurs de la contestation contre le chômage, le pouvoir d’achat et le gouvernement en place. Avec 17 millions d’internautes, les Egyptiens ont largement utilisé Facebook et Twitter pour organiser et informer sur la contestation.

Sur Facebook, de nombreux groupes ont été crées : «Jour de révolution» qui a permis le relai par 80 000 internautes de l’appel à la grève, «25 janvier : la révolution de la liberté» compte 400 000 membres. D’autres groupes Facebook informaient sur les points de rendez-vous et les numéros des organisateurs.

Le hashtag #Janv25 sur Twitter a permis de diffuser des nouvelles et des encouragements aux manifestants égyptiens. Des twittos comme Lobna Darwish, une égyptienne résidant en Californie, conseillaient les manifestants pour se protéger des autorités égyptiennes. En outre, Twitter s’est découvert une nouvelle fonctionnalité : celle de lancer des alertes qu’il s’agisse d’appel à l’aide ou d’informer sur un évènement inattendu.

Outre les réseaux sociaux, des vidéos amateurs relatant l’actualité des confrontations ont été publiées sur des sites alternatifs comme Nawaat et Takriz.

Finalement, la jeunesse qui est à l’origine des mouvements contestataires apparus dans les pays arabes a utilisé les moyens de communication actuels – ordinateurs et téléphones portables – pour diffuser des informations et organiser la contestation. Pas de doute alors sur le rôle crucial joué par le web collaboratif composés des réseaux sociaux généralistes – Facebook et Twitter en fer de lance de la cyber-contestation-  des réseaux sociaux spécialisés – Flickr, Youtube et Dailymotion ont permis de diffuser rapidement et massivement les vidéos et photos des affrontements – et des sites alternatifs comme Nawaat récompensé en mars 2011 par Reporters sans Frontière.

Le «My Media» a supplanté le «Mass Media».

2. LA RIPOSTE DES AUTORITES

Pour lutter contre cette cyber-contestation, la répression des autorités est sévère. Les gouvernements utilisent Internet pour faire leur propre promotion mais surtout sanctionnent sévèrement les cyber-manifestants.

BIG BROTHER IS WATCHING YOU

Les sites et blogs dissidents ont été traqués et interdits, de même que les sites communautaires comme Flickr, Dailymotion et YouTube qui permettent de partager des photos et vidéos.

En Tunisie, les services de renseignement n’ont pas hésité à faire pression sur les fournisseurs d’accès Internet pour espionner les manifestants. En janvier 2011, de nombreux internautes ont constaté qu’il n’était plus possible d’établir de connexion en https depuis Facebook, ce qui permettait aux autorités tunisiennes de récupérer les logins et mots de passe des manifestants pour surveiller leurs messagerie privée. Lors du mouvement de contestation à Sidi Bouzid, plus d’une centaine de pages Facebook ont été bloquées empêchant la diffusion d’informations, de vidéos et de photos. L’Agence tunisienne d’Internet et les 12 fournisseurs d’accès à Internet sont contrôlés par le gouvernement. Ainsi, un sévère filtrage sur des adresses URL et certains mots-clés a été imposé à la blogosphère tunisienne.

En réponse au collectif Anonymous, le gouvernement tunisien a supprimé des blogs, des comptes Facebook, des serveurs, a surveillé les messageries privées de ses membres et a installé des filtres.

Au plus fort de l’oppression et en faisant pression sur les FAI, les autorités égyptiennes ont coupé l’accès à Internet du 29 janvier au 2 février 2011. L’armée égyptienne a également investi les locaux des opérateurs de téléphonie mobile pour diffuser massivement des SMS incitant à la délation et à la confrontation avec les opposants au régime en place.

WAEL GHONIM, ICONE CONTESTATAIRE

Waël Ghonim, responsable marketing de Google au Proche-Orient et cyber-activiste, a été détenu emprisonné pendant onze jours par les services secrets égyptiens. Sur sa page Facebook, il avait réussi à rassembler 90 000 opposants au régime en place. Après son arrestation, ils étaient 220 000 à suivre cette nouvelle icône du mouvement de protestation égyptienne sur Facebook.

En mai 2011, le magazine américain Time le met en première positionnement de son classement des personnalités les plus influentes de 2011.

Révolution Arable Wael Ghonim

LA JEUNESSE CONTOURNE LES LIMITES

Malgré cette censure stricte qui a valu à la Tunisie et à l’Egypte d’être classées par Reporter sans Frontière parmi les «ennemis d’internet», les cyber-manifestants s’adaptent.

La téléphonie a joué un rôle décisif en maintenant la connexion entre réseau téléphonie et web. Grâce à Google qui retranscrit des messages vocaux en tweets, les Egyptiens ont de nouveaux accès à Twitter et peuvent informer en temps réel le reste du monde. Des proxies temporaires sont mis en place pour contourner les blocages.

3. LES MEDIAS TRADITIONNELS

Malgré la cyber-contestation, pour les gouvernements en place, une véritable menace semble venir d’un média beaucoup plus traditionnel : la télévision.

AL JAZEERA : LA VOIX DE LA REVOLUTION ARABE

Les vidéos et photos des violentes confrontations publiées sur Internet et largement relayées par les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Youtube etc…) sont finalement diffusées massivement sur les chaînes de télévision, Al Jazeera en tête.

La célèbre chaîne de télévision s’est rapidement imposée comme l’une des meilleures sources d’informations sur l’actualité des manifestations égyptiennes. Avec des images exclusives, des témoignages exclusifs des manifestants et des révélations sur les accords politiques, Al Jazeera attire les foudres des autorités égyptiennes. Elle devient une des principales cibles du gouvernement égyptien: beaucoup de ses journalistes sont arrêtés, certaines émissions sont brouillées.

Les chaînes de télévision d’informations en continu ont permis de remonter le moral des manifestants en montrant en direct les images de la contestation.

La Révolution arabe sur Al Jazeera

En conclusion, dans des pays privés de liberté d’expression, Internet et les réseaux sociaux en particulier ont représenté un véritable espace de liberté depuis lesquels la contestation s’est organisée et informée. Les technologies en ligne ont servi les manifestations IRL. Grâce à son fonctionnement en temps réel, Twitter a assuré une diffusion de l’information massive, efficace et en continu. Facebook et certains sites alternatifs ont été des lieux de partage et d’entraide pour contourner la censure, se protéger des forces armées etc …

Malgré tout, il n’est pas pertinent de parler d’une révolution numérique. Ce ne sont pas les réseaux sociaux et les blogs de dissidents qui ont fait chuter Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte. Il s’agit avant tout d’une révolution menée par une jeunesse désabusée dont les nouvelles technologies ont servi sa prise de conscience et sa mobilisation.

Et maintenant ?

Classées chaque année depuis 2008, par Reporter sans Frontières parmi les 13 pays «ennemis d’internet», la Tunisie et l’Egypte ont quitté le classement en mars 2011 pour rejoindre la liste des pays sous surveillance sur laquelle figure la France notamment. La fin de la censure en Tunisie et la chute de Moubarak en Egypte constituent pour Reporter sans Frontière des signes encourageants.

Pourtant, du 5 au 11 mai 2011, cinq comptes Facebook ont été fermés sur demande du Juge d’instruction du Tribunal Militaire Permanent de Tunis. Selon le ministre tunisien de la Défense, ces pages web nuirait à la confiance des citoyens envers l’armée en diffusant des vidéos et commentaires offensants.  Fin mai 2011, les sites à caractères pornographiques qui avaient été réhabilités à la faveur de la révolution du Jasmin ont de nouveau été interdits suite à une plainte déposée par trois avocats. Il semblerait que la position anti-censure du nouveau gouvernement tunisien ne soit pas sans lacune.

 

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